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Le James Webb Space Telescope sera lancé en 2018

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La construction de l'observatoire spatial James Webb se poursuit. Développé en coopération entre la Nasa et les agences spatiales canadienne et européenne, cet observatoire doit succéder à Hubble. Son lancement, récemment confirmé par la Nasa, est prévu en 2018 par une Ariane 5.

Au centre Goddard des vols spatiaux de la Nasa, les équipes de l'observatoire James Webb (JWST, pour James Webb Space Telescope) sont heureuses. Tous les éléments principaux de cet engin sont réunis dans la même pièce. On compte les quatre instruments, dont Miri et NIRSpec fournis par l'Europe au titre de sa participation au projet, la structure de l'observatoire, le bouclier thermique et bien sûr les 18 segments hexagonaux du miroir primaire du télescope, qui viennent d'être livrés. L'assemblage devrait s'achever dans le courant de l'année 2016.

Notez que la participation européenne au projet ne s'arrête pas à la seule fourniture de deux instruments. Le JWST sera lancé par Arianespace au moyen d'un lanceur Ariane 5. L'observatoire rejoindra ensuite sa position définitive, à 1,5 million de kilomètres de l'orbite de la Terre autour du Soleil, dans une zone gravitationnellement stable dénommée point de Lagrange L2.

Alors qu'il était initialement prévu au début des années 2010, puis menacé d'abandon en 2011, l'observatoire James Webb sera bien lancé en 2018. À l'issue d'une énième revue qui jalonne la vie de tous les projets spatiaux, en l'occurrence la revue critique de conception de l'observatoire, Charles Bolden, le patron de la Nasa, a confirmé, compte tenu de l'état d'avancement du projet, être en bonne voie pour lancer James Webb en 2018. Cette revue, menée par un comité d'experts indépendants, a passé en revue tout ce qui a trait à la puissance de la plateforme et aux systèmes de communication, de contrôle et de pointage de l'observatoire spatial.

Arrivée des trois derniers segments du miroir primaire, bien empaquetés dans des conteneurs étanches. Au nombre de 18, les segments forment ensemble un miroir de 6,5 mètres.

Seul point noir du projet : le budget. En 1989, avant que les caractéristiques de l'observatoire soient figées, les premières études prévoyaient un lancement en 2005 et un budget d'un milliard de dollars. À la fin des années 1990, le budget est plafonné à moins de 3,5 milliards de dollars pour un lancement en 2013. Mais dès 2005, le budget s'envole et atteint aujourd'hui neuf milliards de dollars. Une dérive qui a failli être fatale au projet en 2011, quand les républicains, alors en majorité au Congrès, décident de le supprimer. Il sera finalement sauvé, mais au prix d'un programme d'exploration martienne fortement réduit. Pour la communauté scientifique, il vaut bien tous ces efforts. Alors que Hubble est capable d'observer l'univers tel qu'il était 500 à 600 millions d'années après le Big Bang, on s'attend à ce que James Webb puisse remonter le temps presque jusqu'à la naissance de l'univers.

L'envolée des frais du programme est due notamment par la complexité du télescope, qui nécessite un miroir primaire segmenté en 18 éléments hexagonaux. Ce choix s'explique par le fait qu'il est impossible de lancer d'un seul tenant un miroir d'une aussi grande taille. Le plus grand miroir lancé d'un seul tenant a été celui d'Herschel en 2009 (3,5 m), et aucun lanceur n'a une coiffe capable d'embarquer une charge utile de plus de 6,5 m de diamètre, d'où la nécessité de plier le télescope pour le loger dans le lanceur.

Une fois dans l'espace, les 18 segments se déplieront et s'aligneront avec une précision de 1/10.000 pour former un seul et unique miroir primaire d'une qualité remarquable. Par rapport aux 2,4 mètres de Hubble, le télescope de l'observatoire James Webb aura une surface collectrice sept fois plus grande. Cependant, avec une réclusion de 0,1 seconde d'arc, ses images seront aussi nettes que celles d'Hubble, mais bien plus sensibles, ce qui lui permettra d'imager des objets impossibles à voir pour Hubble, notamment des exoplanètes et des détails à l'intérieur de certaines galaxies.

Contrairement à Hubble qui effectue des observations dans la lumière visible, le spectre ultraviolet et le proche infrarouge, James Webb fonctionnera uniquement dans les gammes d'ondes du proche infrarouge et de l'infrarouge moyen. Dans ces domaines, il sera capable de voir les premiers objets détectables de l'univers, ceux qui se sont formés après les âges sombres ou obscurs, une période de l'histoire de l'univers qui commence après la diffusion du rayonnement cosmique, lorsqu'il apparaissait chaud et opaque, et avant la formation des premières structures lumineuses constituées d'étoiles et de galaxies à partir de 200 millions d'années après le Big Bang.

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